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Les clés pour comprendre l'entretien des patinoires extérieures : tout un défi !

SPORTS et LOISIRS
Février 2013

Neige, redoux, horaires, équipement, 13 patinoires, un grand territoire, ressources humaines; voilà les ingrédients qui composent le casse-tête de la gestionnaire et du contremaître des patinoires extérieures… Entrevue avec Claudia Meloche, coordonnatrice Événements et Parc régional des Îles-de-Saint-Timothée et Maurice Chartrand, responsable des parcs et espaces verts.

Arrosage de la patinoire Salaberry

Est-ce bien résumé?
Oui. Salaberry-de-Valleyfield compte 16 patinoires dont 13 sont totalement gérées par la Ville. Entretenir 13 patinoires de grande affluence relève de l’exploit au quotidien parce ce que les contraintes sont nombreuses.

Pourquoi autant de patinoires?
Historiquement, il y a toujours eu beaucoup de patinoires ici. Les citoyens sont habitués à en avoir une à proximité. Presque chaque quartier compte une patinoire avec de petites bandes, idéales pour les familles, et une patinoire aux larges bandes, dédiées aux hockeyeurs adultes. Nous évaluons quotidiennement l’achalandage de chacune des patinoires afin de s’assurer qu’il y ait une grande affluence. Ainsi, lorsqu’un faible taux d’achalandage perdure à une patinoire, nous la déplaçons dans une zone plus achalandée. Rappelons que les 13 patinoires de grandes superficies entretenues par la Ville servent à desservir les besoins à l’échelle d’un quartier, tandis que les 3 petites patinoires de voisinage (entretenues par des bénévoles) servent à couvrir les besoins d’un noyau résidentiel.

Quel serait l’idéal?
Les citoyens ne veulent pas voir leur patinoire de quartier disparaître, mais nous pourrions donner un meilleur service si nous avions un ou deux grands plateaux sportifs centraux où l’on retrouverait un sentier de patin, de la glissade et 2 patinoires : une petite et une grande. Cette structure offre l’avantage de concentrer les énergies, d’assurer une bonne sécurité de nos enfants, d’offrir un bâtiment de services et surtout de simplifier la gestion, de réduire les coûts et d’améliorer la qualité des services.

Quelles sont vos ressources pour travailler?
Nous avons une équipe de jour et une équipe de nuit qui travaillent 5 jours par semaine. En tout, ces 8 employés cumulent 320 heures d’entretien par semaine. Nous avons aussi 9 surveillants, 4 sont permanents (parc Salaberry et Parc régional des Îles-de-Saint-Timothée) et 5 font une tournée des autres patinoires. Ils permettent de réduire le vandalisme, la délinquance et les problèmes de propreté dont les installations publiques sont victimes.

Que représente cette délinquance?
Pour la saison, elle coûte entre 3 et 10 000 $ à la communauté et occasionne des jours de fermeture (34 en 2011). Seule la surveillance du voisinage et les témoignages de citoyens permettent de sanctionner les responsables.

Comment s’organise le travail?
Nous nous adaptons constamment à la météo et nous jonglons avec l’horaire des employés et les 2 équipes se succèdent jusqu’au samedi dans la nuit pour privilégier une glace lisse et dure la fin de semaine. À 22 h, lorsque les patinoires ferment, l’équipe de nuit commence l’entretien. Les 4 employés ont 9 heures pour déneiger et arroser équitablement les 13 patinoires aux 4 coins de la ville en priorisant les 2 patinoires principales. C’est un marathon de l’impossible surtout lorsqu’il a neigé. Le déneigement, qui peut prendre une heure par site, est indispensable. Même la petite neige de patin empêche de faire une glace. Dès 7 h 30, l’équipe de jour entre en piste pour terminer le travail qui n’a pu être achevé dans la nuit : premier arrosage ou parfois un second si on n’a pas eu à déneiger. Enfin, 2 heures avant l’ouverture des patinoires, à 13 h, les surveillants commencent leur tournée. Ils seront là jusqu’à la fermeture.

Comment expliquer que la patinoire puisse être « passable » dès 15 h la fin de semaine?
Évidemment, une patinoire très fréquentée comme celle du parc Salaberry a du vécu en fin de journée après la visite de 800 personnes; elle n’est plus belle comme au matin. Pour résoudre ce problème, nous avons essayé d’entretenir pendant les heures d’ouverture, mais sans succès. Certains patineurs n’ont pas la discipline de laisser l’espace aux hommes pour travailler. Les usagers ne réalisaient pas le danger et s’étaient même accrochés aux engins.

Les citoyens ont-ils un rôle à jouer dans la qualité de la glace?
Oui, il est important de ne pas patiner en dehors des heures d’ouverture. Lorsque l’on arrose, la glace peut mettre 2 heures à prendre. En patinant à ce moment crucial, l’on accélère la destruction de la glace qui fait des « chips ». Nous devons alors fermer, c’est dangereux.

Depuis décembre, vous avez eu des coups durs?
Les gels et dégels sont traîtres. En effet, nous avons perdu plusieurs de nos patinoires. Il faut alors fermer les patinoires plusieurs jours et recommencer le travail, car il faut de 15 à 20 arrosages pour « partir » une patinoire sécuritaire. L’année dernière, nous avons connu 6 redoux et à la même date, nous avions une épaisseur de glace de 6,5 pouces; cette année elle est en moyenne de 2 pouces. Nous craignons aussi le bris de l’équipement, surtout par grands froids, car cela nous immobilise complètement.

Quelles conditions climatiques doivent être réunies pour monter une patinoire?
La température doit être inférieure à -5 degrés afin que l’eau gèle et il ne faut surtout pas qu’il neige, car lorsque l’on vient d’arroser, ça fait des pelures d’orange et il faut recommencer…

Quel est le coût de fonctionnement?
Notre budget annuel est de 230 000 $. Cela comprend les ressources humaines, les équipements autant que la location des roulottes. C’est une dépense pour les loisirs des citoyens, mais il faut aussi se dire qu’une patinoire comme celle du parc Salaberry attire également des visiteurs, un atout pour le développement commercial.

Et à quand une patinoire sur le vieux canal?
Le vieux canal ne pourra jamais être le Canal Rideau. Avec un pied d’eau, il n’y a pas de problème de courant à Ottawa, mais le courant fort ici, sous la glace, rend le lieu dangereux.

TROIS PATINOIRES DE QUARTIER
ENTRETENUES PAR DES CITOYENS...

Rencontre avec Sylvain Simard et
Marc Rémillard dans le quartier de la Baie…

« Nous sommes deux mais, débrouillards et équipés, nous nous sommes même fabriqués une Zambonie, alors nous valons une équipe de 4! Aussitôt que nous avons reçu l’invitation du SRC, nous avons répondu positivement et signé le protocole d’entente, s’engageant à opérer la patinoire : création, entretien, gestion et surveillance. La Ville fournit l’éclairage, les équipements et installe les bandes.

L’implication est exigeante, mais elle vaut la peine! C’est l’fun de sortir de la maison comme d’un chalet, de se retrouver et de prendre l’air. Les jeunes voisins étaient un peu timides, mais petit à petit ils s’approprient la patinoire et le parc. En fin de semaine, une douzaine de voisins s’amusaient sur la glace.

Ce projet de la Ville est une bonne idée! Proximité et implication réduisent la délinquance et permettent de rassembler les voisins. C’est une occasion d’échanger, de connaître ses voisins et aussi de permettre aux gens de s’approprier leur parc. Cet été, nous envisageons de tracer un terrain de soccer et nous espérons la construction du chalet en vue de la prochaine saison hivernale. »


Reportage issu du Bulletin municipal de février 2013