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Que fait-on concrètement ?

DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE
Décembre 2015

40,5 % du revenu en taxes foncières de notre Ville provient des entreprises qui y sont établies, des entreprises qui fournissent de l’emploi aux résidents, eux-mêmes acteurs de l’économie. Véritable moteur, les entreprises sont vitales. Que fait-on alors pour attirer et soutenir les grandes entreprises?


Entrevue avec Mario Besner, directeur du Développement économique

À titre de directeur du Développement économique, quel est votre rôle?
Quand on sait que 75 à 80 % des emplois créés le sont par des entreprises déjà en place, mon travail ne peut que se limiter à la promotion et au démarchage. Je suis donc un intermédiaire qui apporte un soutien aux entreprises d’ici dans leur développement en facilitant l’acquisition de terrains ou l’accès aux services municipaux.

Plusieurs organisations locales offrent un support aux entreprises. Quels sont leurs apports?
Auprès du Centre local de développement, les entrepreneurs trouvent un appui dans le montage d’un plan d’affaires, des conseils de tous ordres, l’accès à un réseau et à des fonds de développement. La SADC est complémentaire par son service de mentorat et par l’accès à des programmes financiers. Emploi Québec, quant à lui, joue un rôle essentiel au niveau de la main-d’oeuvre

Que voulez-vous dire par « faciliter l’acquisition »?
Concrètement, dans le parc industriel et portuaire Perron par exemple, la Ville est propriétaire de l’ensemble des terrains qu’elle peut proposer, à des prix attractifs, aux entreprises désireuses de s’agrandir ou de s’y installer. Le prix est fixé en fonction du montant de l’investissement de l’entreprise, du nombre d’emplois créés, de l’impact économique à venir et de la valeur en impôt foncier qui en découlera. Voilà plusieurs années maintenant que la Ville n’offre plus de réduction de taxes. Par la suite, je soutiens l’implantation de l’entreprise en facilitant la construction des infrastructures, les demandes de permis, les échanges avec les services d’urbanisme, d’ingénierie…

Il est difficile d’apprécier le dynamisme économique de la ville alors que les parcs industriels se développent loin des regards. Que pouvez-vous nous en dire?
Il se passe toujours quelque chose! Des installations, des expansions particulièrement nombreuses ces derniers temps avec celles de Valtech Fabrication, Trial Design, Récupération Mario Hart, Groupe SGM ou d’Ali Excavation avec un projet de 2 M$. En 5 ans, je peux compter au moins 15 projets qui se sont concrétisés. Pour une ville de notre envergure, c’est excellent! Dans le parc industriel et portuaire Perron, les derniers agrandissements, par exemple Trial design avec ses 35 000 m2, nous amènent à dézoner des parcelles, car les terrains viennent à manquer!

Nous sommes en compétition avec d’autres villes, régions et provinces?
Oui, les entreprises prospectent la ville qui répondra le mieux à leurs besoins. Lorsqu’une entreprise prend la décision stratégique de s’installer ailleurs, il ne faut pas être défaitiste si cette installation se fait tout de même au Québec. Ce qui est bon pour le Québec est bon pour nous!

Qu’est-ce qui influence le choix du site d’implantation des entreprises?
Coût du terrain, réseau de transport (fluidité, accessibilité), proximité avec les marchés, disponibilité  des services (gaz, électricité, eau), disponibilité de fonds de développement... Tout ceci influence l’attractivité des villes, mais une préoccupation croissante est celle du bassin de main-d’oeuvre accessible et la présence de centres de formation. Nombreuses sont les entreprises qui voient leur développement limité par une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée.

Quels sont vos outils pour promouvoir Salaberryde-Valleyfield dans le milieu des affaires et attirer entrepreneurs et investisseurs?
Nous ne disposons pas des ressources humaines et promotionnelles d’un Montréal international, mais le développement des affaires ne se joue pas dans les publicités. C’est avant tout une question de réseau, de contacts, de connaissances comme de présences dans le milieu et les événements d’affaires (entreprises, ministères, Investissement Québec, organisations), j’ai pour ma part 25 années d’expérience et de réseautage dans le milieu dont 20 à la direction d’un CLD. La qualité du réseau est une valeur inestimable.

La Ville est membre de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Opportunistes, nous sommes systématiquement présents aux divers rendez-vous d’affaires pour aller à la rencontre des entrepreneurs et acteurs des secteurs que nous ciblons : transport, économie propre, chimie, nouvelles technologies.

Quel avenir pour notre développement économique?
Depuis 2007, une ressource à la Ville est attachée directement au développement économique et oeuvre à la mise en place d’un tissu économique. Nous avons placé les premières pierres et commencé à récolter. Ce travail de persévérance à long terme entraîne un cercle vertueux. Plus on grossit, plus on attire. Nous sommes dans une position très favorable pour de nombreuses raisons, nous avons une belle offre, 4 parcs industriels dont un écoparc, des terrains disponibles... Tout va s’accélérer naturellement et les retombées sur l’ensemble de la communauté aussi grâce à plus de moyens pour la Ville, plus de travailleurs, plus de consommateurs, plus de commerçants… Il faut être patient. Les perspectives sont positives assurément surtout au regard de l’évolution des perceptions dans le milieu des affaires sur notre territoire.

Ah oui? Quelle image ont les gens d’affaires de Salaberry-de-Valleyfield?
Son dynamisme, ses présences dans le milieu des affaires et les annonces de ces dernières années (A30, CSX, le port..) ont permis de modifier totalement la perception du milieu de Salaberry-de-Valleyfield. Les gens vont nous dire que ça bouge beaucoup par chez nous, que le bassin de main-d’oeuvre depuis l’A30 est important, que notre ville impressionne par son dynamisme. Les images de pauvreté ou de grève ne sont plus dans le paysage. Les entrepreneurs sont attentifs, à l’écoute et ont identifié l’opportunité que nous offrons.

Tordons le cou aux préjugés!
Y’a pas de travail ici! Vraiment?

Sur le territoire de Beauharnois-Salaberry, il y a eu au moins 2 700 embauches en 2014! C’est ce que révèle une enquête réalisée auprès de 336 entreprises de 5 employés ou plus par la MRC afin de cibler les besoins et d’orienter les actions.

Quels secteurs recrutent le plus? Vente et services(34,3 %), transport et machinerie (31,5 %) et affaires, finances et administration (10,5 %). Viennent ensuite la santé (7,1 %), fabrication et services d’utilité publique (5,5 %), etc. Le résultat de l’enquête de 2014 témoigne d’un grand nombre d’emplois disponibles dans plusieurs secteurs de l’économie et s’adressent à tous les niveaux de scolarité. Le défi du recrutement s’accentue chez les employeurs, alimenté par le remplacement de la main-d’oeuvre, la croissance des activités des entreprises et les départs à la retraite.

Quelle main-d’oeuvre se fait rare? Nombreuses sont les entreprises freinées dans leur développement. Elles ne peuvent remplir de bons de commande parce qu’elles manquent de main-d’oeuvre pour y répondre. ÀSalaberry-de-Valleyfield, la Mutuelle d’attraction en est la plus grande expression, puisque des entreprises d’ici se sont unies en 2007 afin de combattre la pénurie de main-d’oeuvre, particulièrement spécialisée, à laquelle elles sont confrontées. Les postes exigeant une formation professionnelle au secondaire et ceux exigeant une formation technique au collégial offrent donc le plus grand nombre d’opportunités d’emploi.

Ici comme ailleurs…
Pénurie de main-d’oeuvre spécialisée

La pénurie de main-d’oeuvre spécialisée touche la moitié des manufacturiers québécois qui ont identifié cette problématique comme le facteur qui affecte le plus négativement leur productivité. 52 % des dirigeants d’entreprise affirment que l’absence de soudeurs, machinistes, métallurgistes, opérateurs et techniciens empêche le Québec d’atteindre le niveau de productivité souhaité. Source : Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) - Juin 2015. Étude effectuée auprès de 75 entreprises du Québec commanditée par Grant Thornton LLP, homologue canadien de Raymond Chabot Grant Thornton.

Et à l’avenir? Cette situation va s’étendre à cause du choc démographique qui s’est amorcé au Québec où il sera plus brutal et plus rapide qu’ailleurs au pays du fait que la province a eu le taux de natalité le plus élevé en Amérique du Nord autrefois, et que celui-ci est descendu parmi les taux de natalité les plus faibles. Pour la première fois en 2014, le nombre de Québécois âgés de 15 à 64 ans a diminué et le bassin de main-d’oeuvre a commencé à se vider.

« On parle d’un million de postes d’ici 2021 qui seront disponibles en raison des départs à la retraite. C’est considérable. » — Éric Grenier, rédacteur en chef de Jobboom